Lettre futuriste à ma grande fille extra-terrestre

Parfois, je m’évade dans mes pensées et je m’imagine le parcours de mes filles jusqu’à l’âge adulte. Je visualise certains scénarios, certains me plaisent bien et d’autres beaucoup moins. Par contre, peu importe ce que je vois, je sais que je serai fière d’elles, malgré les erreurs qu’elles pourraient commettre. Après tout, on fait tous des erreurs. Je sais que mes filles sauront se relever après une chute et continuer à aller de l’avant. J’ai confiance qu’elles utiliseront les différents outils transmis par les intervenants de premier rang (nous, sa famille) et ceux de passages, mais combien importants, comme les intervenants en milieu scolaire et les professionnels de la santé. Dernièrement, les mots se sont mis à défiler dans ma tête, comme une lettre adressée à ma grande fille, lorsqu’elle aura 13 ans,  qui tout comme sa maman peut se sentir comme une extraterrestre de temps à autre.

Ma chère fille,

lorsque je me retrouve à tes côtés, les mots se bousculent dans ma tête et je crains d’oublier l’essentiel de mon message, soit tout l’amour et la fierté que j’éprouve pour toi. C’est pourquoi j’utilise une technique archaïque, une lettre manuscrite à la main, pour te raconter une parcelle de ta vie, soit ton enfance auprès d’une famille aimante, parfois maladroite et probablement un brin envahissante. 

Je me souviens de mes mains tremblantes et de mes jambes flageolantes lorsque j’ai brandi le test nous annonçant ta venue. Nous étions très émues et aux anges, mais un peu craintifs de débuter cette nouvelle aventure. Ma grande, il faut que tu saches que quelques semaines avant ton apparition dans mon ventre, un petit être venait tout juste d’y séjourner environ 24 semaines, mais malgré sa détermination de prolonger son séjour, son voyage a pris fin. Nous étions donc conscients qu’un test positif n’entraîne pas systématiquement un poupon en santé. Quand tu voudras en savoir davantage sur ce petit ange, fais-moi signe, on s’installera confortablement et je te montrerai sa boite souvenir. Cette période difficile de notre vie avant toi à modifier la maman que je suis devenue, mais de façon positive. J’ai publié ici et là sur la toile un témoignage à ce sujet, je te le ferai lire aussi, si tel est ton désir.

Tu étais un bébé joyeux qui aimait déjà la liberté. Tu aimais pouvoir agiter tes bras et tes jambes sans contrainte. Lorsqu’on voulait te faire un câlin, il ne fallait pas s’y attarder, tu gigotais pour te libérer. Tu aimais jouer au sol et explorer ton univers. À partir du moment que la poussette n’était plus un moyen de locomotion à tes yeux, nous avons rapidement compris qu’il nous fallait faire vite lorsque nous allions faire nos emplettes. Tu refusais que l’on te tienne la main et tu te rendais compte si on tenait discrètement ton capuchon. Si on insistait le moindrement pour que tu restes à nos côtés, nous pouvions entendre le tic tac de la bombe se mettre en marche. Parfois, celle-ci explosait sans avertissement et sans raison apparente, sous les regards des curieux que tu ne voyais pas, mais qui nous rendaient très inconfortables les premières années. À tes yeux, tout le monde était gentil et voulait ton bien. Tu parlais aux étrangers avec une facilité déconcertante, ce qui nous faisait craindre le pire. La mère poule que je suis te gardait près d’elle, non pas pour t’étouffer et t’empêcher de découvrir le monde, mais pour te protéger de la grande confiance que tu avais en l’humanité.

Quand on devient parent, notre entourage nous mentionne d’un ton humoristique et sarcastique qu’il y a deux phases pénibles dans la petite enfance: le «terrible two» et le «fucking four». La première phase où l’enfant de plus ou moins deux ans veut faire des choix et fera une crise parfois très impressionnante si on ne lui donne pas, par exemple, le verre de la couleur désirée, sans nous en avoir informé auparavant. C’est connu que lorsque nous devenons parents, nous développons systématiquement le don de devin. Ensuite, la deuxième phase où notre enfant de 4 ans croit tout savoir, désire tout négocier et nous envoie balader avec une attitude d’adolescent en furie à coup de « Je ne t’aime pas. Je veux changer de parents.» Heureusement, ces crises se terminent rapidement (si les parents ne sont pas dupes et se montrent de glace) par un câlin et des excuses.

Ces phases tu les as eues, mais elles ont oublié de te quitter. Lorsque tu as débuté la maternelle, ta grande vivacité d’esprit fut immédiatement remarquée, tout comme ta belle énergie. Par contre, ta difficulté à gérer tes émotions te fit passer de plus en plus de temps à l’extérieur de ta classe. Ton comportement dérangeait, mais malgré tout, le personnel de ton école te décrivait comme leur rayon de soleil. Tu étais très active et tu avais besoin de tout voir et tout faire en même temps! Lorsque tu as reçu le diagnostique de TDAH avec impulsivité et opposition, nous n’étions pas surpris ma grande, nous le savions depuis longtemps que tu étais un peu comme moi. Sais-tu que parfois je me sens comme une extraterrestre? Et toi, ma chérie, comment te sens-tu? Je peux t’entendre répondre «franchement maman, avec le nez…» avec l’humour sarcastique hérité de ton père, mais sache que tu peux te confier à nous sur tes états d’âme. On est peut-être des vieux, mais on peut t’écouter et te soutenir dans ce que tu vis. Les parents sont encore utiles, même à l’adolescence et à l’âge adulte. Hey oui, à moins d’un message hyper clair et catégorique de ta part, transcrit sur papier et signé de ta main, nous serons à tes côtés, malgré les portes claquées et les longs silences.

Quand tu as compris que tu étais TDAH, tu étais très contente. Il faut dire que je t’avais préparé les semaines précédentes en te disant comment les gens comme moi étaient des êtres créatifs, énergiques et passionnés. Disons qu’en raison de ton âge (6 ans) j’avais choisi de te montrer le positif de cette condition que j’avais récemment découvert. Après le diagnostic de cette non-maladie, j’ai dû être honnête et t’avouer, par petites doses de temps à autre, que tu devrais travailler très fort pour contrôler tes émotions en montagne russe, tes paroles sans pause, ta patience, ta difficulté à rester calme lorsque la situation l’exige et apprendre à apprivoiser tes pensées que tu ne peux arrêter. Nous t’avons aussi enseigné que tes réussites, tu les dois à tes efforts et à la personne que tu es et non à ta médication.

Au début, tu croyais que ta pilule du matin  ferait de toi une personne gentille et aux comportements exemplaires en classe. J’avais le coeur en miette, car je venais de réaliser que de ton point de vue, tu étais une personne méchante. Je t’avais dit que tu étais très gentille, même si ton comportement pouvait parfois déranger. Les pilules utilisées pour le TDAH ne guérissent pas, elles aident pendant quelques heures tes neurones à mieux communiquer entre-elles, ce qui te permet d’être plus concentrée. Imagine un coffre à outils dont chaque outil représente une ressource que tu as. La pilule pour le TDAH est un outil important, mais si tu ne disposes que de cet outil dans la vie, tu ne pourras rien construire. Les autres ressources proviennent de paroles, gestes et apprentissages que ton entourage t’a transmis et que tu as acceptés. Sache que tu développes tes propres outils chaque jour. Ce coffre te sera utile à te fabriquer la vie que tu désires, car ta fondation est solide, toi, avec des piliers entêtés et résistants, ta famille.    

 Nous serons toujours là pour toi ma chérie. Nous sommes fières de crier haut et fort que nous sommes tes parents, même si ça te gênes devant tes pairs. Nous t’aimons depuis le jour où nous avons appris ta venue et chaque jour qui passe, notre fierté à ton égard ne cesse d’augmenter. 

  xxx

Ta mère

P.S: je me suis faite la porte-parole de ton père, car je sais qu’il t’aime lui aussi et sera toujours là à tes côtés.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s