Souffrez-vous du syndrome de la poule pas de tête ?

L’année dernière, j’ai écrit le texte Syndrome de la poule pas de tête dans un contexte où la mère que je suis était à bout de souffle de courir sans cesse, sans trop savoir pourquoi ni quelle direction emprunter pour atteindre le fil d’arriver. Je voulais cuisiner de bons petits plats pour ma tendre famille, avoir une cuisine étincelante de propreté et des toilettes bien récurées, tout en jouant à la cachette avec mes fillettes et en jonglant avec mes mille et un projets. Je voulais discuter avec mon amoureux, un thé à la main, dans une ambiance digne des spas et pouvoir déguster chaque bouché de mes repas santé. Je voulais répondre aux nombreuses demandes de mes deux enfants avec une patience à toute épreuve, même contre les appels incessants de «mamans» déployés sous toute une gamme d’émotions et de volume. Entre vouloir et avoir, il y a la réalité pour nous rappeler que rêver n’égal pas travail acharné. À cette époque, je me culpabilisais pour tout ce que je croyais devoir être et que je n’étais pas, selon mes perceptions perfectionnistes de ce qu’était un bon parent. 

J’avais traité ce sujet du point de vue d’une mère, car c’est ainsi que je me définissais en premier lieu à l’époque, pas si lointaine j’en conviens. Depuis, j’ai réalisé que nous sommes avant tout des êtres à part entière accomplissant différentes tâches en fonction des rôles que nous occupons. Être parent est un rôle parmi tant d’autres et malgré l’immense importance que nous lui accordons, il n’a pas l’exclusivité du «syndrome de la poule pas de tête».

Suis-je la seule qui parfois fonctionne tel un automate, tentant de cocher le plus de tâches possible sur la liste des «choses à faire», oubliant même parfois de respirer et de prêter attention aux gens qui l’entourent ?

Si tu réponds à la négative à cette question, il se peut que, tout comme moi, tu disposes de ce syndrome  non scientifique, inspiré de la célèbre expression «courir comme une poule pas de tête».

Tu es probablement une poule pas de tête si…

Tu marches d’un pas déterminé vers une pièce de ta maison et une fois rendue, tu te demandes ce que tu étais venu y faire.

Au moment de te coucher, tu te rends compte que ton lit est recouvert d’une montagne de vêtements à plier que tu as tristement oubliée, car tu accomplissais simultanément d’autres tâches. Ces dernières ont-elles eu la chance d’être complétées ou furent-elles, à leur tour, abandonnées de façon cavalière ?

Tu éprouves de la difficulté à prendre une pause pour écouter d’une oreille attentive ton interlocuteur, sans faire autre chose en même temps ni penser à ce qui pourrait être fait.

Pourquoi s’impose-t-on cette course folle quotidienne ?

Selon mes observations et constats de la vie, plusieurs d’entre nous portent des lunettes anti-bonheur qui amplifient les petites choses agaçantes du quotidien. Les êtres perfectionnistes en portent et s’assurent de leur propreté constante afin de s’assurer de corriger toutes imperfections se trouvant sur leur passage. Ce n’est donc pas surprenant, avec cette vision irréaliste, que nous courions dans tous les sens question de corriger un maximum d’éléments défaillants dans les différentes sphères de notre existence.

Est-ce réaliste comme démarche considérant l’ampleur de ces tâches sans fin et du fait que nous n’avons aucun contrôle sur ce qui nous est extérieur ? 

Certains croient que s’ils n’y parviennent pas, c’est qu’ils sont incompétents. Ces derniers réagiront soit en déserteur de leur propre existence en choisissant, parfois inconsciemment, de faire seulement le minimum pour assurer leur survie afin de se protéger du sentiment d’être en échec constant. À l’opposé, certains réagiront en guerrier, en redoublant leurs efforts au détriment de leur santé mentale et de leur vie sociale afin de se prouver qu’eux aussi peuvent promouvoir leur vie parfaite comme les starlettes de ce monde. Le seul hic, c’est qu’il n’y pas que leur corps qui sont photoshopés, leur vie médiatique aussi. Est-ce logique de vouloir comparer notre «vraie vie» avec leur vie artificielle ?

Certaines personnes semblent aimer cette course effrénée quotidienne qui les revigore et les stimule à poursuivre. Tandis que d’autres, au contraire, se sentent épuisées, déconnectées de la réalité et de leurs objectifs de vie. Quand ce marathon devient un mode de vie qui nous malheureux, il est temps d’agir avant que nous nous effondrions telle une poule à l’agonie.

Quelques trucs pour ralentir afin d’être productif et serein: 

1- Faire des listes de «choses à faire» plus réaliste, avec possibilité de repousser à une date ultérieur. Se fixer un seul objectif prioritaire par jour et les autres,  c’est si le temps et l’humeur le permettent.

Notre liste des «choses à faire» pour la journée est généralement irréaliste, ne tenant pas compte des imprévus, des baisses d’énergie de fin de journée et des gens qui nous entourent. Nous avons tendance à faire plus d’une chose à la fois, désirant augmenter le rythme et réussir avec brio tout ce que l’on entreprend. Puis, nous devenons épuisés, moins concentrés et moins efficaces dans nos tâches.  À cela s’ajoute la possibilité de ressentir de la culpabilité en raison de notre indisponibilité pour nos proches ainsi qu’un sentiment d’incompétence.

2- Être capable de dire non, sans avoir recours, idéalement, au mensonge pour esquiver une invitation.

3- Prendre des pauses pour refaire le plein d’énergie et respirer profondément.

Nous pourrons ainsi réfléchir efficacement, avec jugement et faire des choix en fonction de ce qui nous importe réellement.

4- Organiser notre agenda et notre environnement de façon à maximiser notre temps et augmenter notre joie de vivre.

C’est plus agréable et productif lorsque nous n’avons pas à faire une battue pour retrouver nos clés de voiture chaque matin ou encore, le chargeur de notre cellulaire. C’est bien de travailler, mais il faut aussi prévoir du temps pour s’amuser. On peut aussi avoir du plaisir tout en accomplissant notre boulot.

5- Prendre des notes de ce qui nous passe par la tête et que nous jugeons utile afin de ne pas les oublier.

Utiliser notre cellulaire est une meilleure option que nos petites notes écrites sur des Post-it, éparpillés, égarés et éventuellement oubliés.

De mon côté, plus je vieillis, plus je ressens l’appel de la simplicité, de la légèreté et de l’authenticité. J’ai envie de profiter davantage de la vie et  trouver l’équilibre entre les différentes sphères de celle-ci. Je ne veux plus courir comme une poule pas de tête, car il se trouve que contrairement à elle,  j’en ai une. Je compte bien l’utiliser à bon escient afin de profiter, en toute conscience et sereinement, de chaque instant de plaisir et d’épanouissement que l’avenir me réserve.

 

 

Parent en solo, en raison du boulot

Mon conjoint et moi étions des êtres presque inséparables les premières années de notre vie commune. Nos emplois respectifs nous permettaient, la majorité du temps, de déjeuner, de souper et de profiter de nos soirées ensemble. Quelques années plus tard, mon conjoint a changé de responsabilités au travail et les courts séjours à l’extérieur sont devenus plus fréquents, surtout à certaines périodes de l’année. En plus d’être confrontés à l’absence de l’être aimé, nous étions en apprentissage et en période d’adaptation dans notre nouveau rôle de parents.

Je dois vous avouer que les premières années furent parfois difficiles. Lorsque je me retrouvais seule dans notre lit conjugal, mon sommeil en était grandement affecté, me sentant moins en sécurité. Au réveil, je devais faire fi de mon état endormi pour gérer en solo la routine du matin avec nos deux filles. La course contre la montre pour arriver à l’heure au boulot était une source considérable de stress pour l’anxieuse que je suis. Puis après une journée éreintante au travail, la routine du soir débutait. Dans mon cas, cette dernière était vécue comme un marathon où, malgré l’épuisement qui sévissait, je me battais contre moi-même afin de rester debout, efficace et amusante aux yeux de notre progéniture. 

Le plus difficile quand je suis seule avec la marmaille, c’est de ne pas avoir accès immédiatement au support moral et à la présence de mon conjoint, le père de nos deux gamines. En sa présence, j’ai l’option de lui demander d’intervenir avant que mon piston saute, que l’impatience se transforme en hystérie et que celle-ci prenne possession de tout mon être. Quand je suis seule, j’ai l’obligation de faire face à nos petits anges cornus même si je ne suis pas dans un état d’esprit optimal, de mon point de vue, pour y parvenir.

Il y a quelques semaines, j’ai recueilli via les réseaux sociaux quelques témoignages de familles vivant une situation similaire à la mienne. Après lecture, réflexion et quelques constats, j’ai formulé ces quelques conseils.

5 conseils pour vivre ces périodes d’éloignement plus harmonieusement :

1- Communiquer avec respect

Le respect est à la base de toute relation harmonieuse, même lorsque nous sommes débordés et épuisés.

2- Choisir le bon moment qui convient à tous pour discuter.

Plus nos enfants sont jeunes, plus nous sommes ancrés dans une routine et moins nous avons de temps à consacrer pour tout le reste. Afin de permettre à nos enfants d’échanger quelques mots ou quelques grimaces avec l’autre parent grâce à la technologie, dans une ambiance zen et chaleureuse, déterminons à l’avance les moments idéaux pour nous contacter.

3-  Se mettre dans la peau de l’autre afin de comprendre sa réalité.

Il ne faut pas oublier que le parent qui s’absente vit lui aussi des difficultés. Il s’ennuie probablement de sa famille et peut-être qu’il se sent coupable de ne pas être présent pour eux. Le parent qui travaille à l’extérieur n’a pas nécessairement la vie plus facile que celui qui s’occupe des enfants à la maison. J’ai accompagné mon conjoint à quelques reprises et c’est ainsi que j’ai pu comprendre sa réalité. Nous n’avons peut-être pas d’enfants sous notre aile, mais nous avons d’autres obligations. Notre routine est complètement chamboulée et nous avons peu de temps libres, seul à la chambre d’hôtel. La source de l’épuisement diffère peut-être, mais le résultat est similaire.

4- Accepter le fait qu’en notre absence l’autre parent fera les choses à sa façon. 

Accepter, c’est respecter cette différence et reconnaître ouvertement sa valeur. La perfection n’existe pas et ce que moi je considère comme la bonne façon de faire auprès des enfants n’est probablement pas la même pour «Pierrette, Jeanne, Jacqueline». Veuillez noter ici ma piètre tentative de féminiser l’expression «Pierre-Jean-Jacques», car malgré le fait que plusieurs d’entre-nous militent pour l’égalité des sexes, certaines femmes croient encore détenir la seule et unique méthode par excellence pour éduquer leurs enfants. De mon point de vue, il n’y a pas qu’une seule façon d’éduquer nos enfants et ces derniers ont besoin autant d’une présence féminine que masculine qui s’affirment.

5- Percevoir ces moments comme une occasion de communiquer différemment avec l’être aimé

Nous sommes bien plus que des parents, nous sommes aussi des amoureux. Nous pouvons percevoir ces moments d’éloignements comme une occasion de communiquer différemment. Certes, on peut se parler de vive voix de la pluie et du beau temps, mais c’est terriblement ennuyant n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas s’écrire comme lorsque nous étions au début de notre relation, à l’affût d’en apprendre davantage sur l’être aimé? On n’oublie que tout comme nous, notre partenaire vit, vieillit, explore et découvre mille et une choses influençant ses goûts, ses opinions et ses rêves. Pourquoi ne pas s’amuser entre amoureux via la webcam, une fois les enfants endormis, afin de ne pas oublier que nous sommes aussi des amants ?

Au début, cette réalité d’être seul avec nos enfants ou encore d’être loin de ceux-ci en raison du travail peut être vécue difficilement. Par contre, si nous abordons ces périodes d’éloignements de façon zen et  que nous communiquons avec l’être aimé, en toute franchise et honnêteté, nous réalisons que «loin des yeux» ne signifie pas «loin du coeur». 

Et si on parlait trop ?

Dans un contexte où le silence est une denrée rare et que les voix s’entremêlent aux nombreux sons ambiants, il n’est pas étonnant que les enfants ne nous écoutent pas systématiquement. Depuis quelques mois, je parle un peu moins  lors de mes interventions auprès de mes enfants et ceux de la garderie. Désormais, je contribue un peu plus à la réduction de la pollution sonore, j’investis dans ma santé psychologique et  celle des tout-petits en utilisant davantage la communication non verbale.

J’ai constaté au fil des ans que dans certaines situations, le fait d’utiliser des mots pour véhiculer notre message allait à l’encontre du résultat souhaité.

Le contexte de la sieste, autant à la garderie qu’à la maison, est souvent un moment propice aux interventions verbales incohérentes. On demande à l’enfant d’être silencieux, de notre belle voix parfois exaspérée, en faisant des “chut” pas très discret, désirant créer le plus rapidement possible un climat calme et propice à l’endormissement. Quand ça ne fonctionne pas, par réflexe on hausse le ton et on ajoute des mots “Julia silence, c’est le temps de faire dodo”.

Les enfants ne voient pas nécessairement la sieste comme une chance incroyable de reposer tout leur être et de favoriser leur bon développement. Ils la perçoivent comme un temps ennuyeux où ils ne peuvent pas jouer ni converser.

Quant aux enfants anxieux, plongés dans la noirceur et étant les seuls témoins de leur  cerveau bouillonnant de pensées et d’images, je peux comprendre que la sieste est un moment de grande agitation et où rejoindre les bras de Morphée n’a rien d’invitant ni de poétique. Il n’est pas étonnant que les enfants  tentent de rester éveillés, en contact avec nous, en gigotant, en parlant et parfois même en s’opposant vivement à ce besoin évident de repos.

Si on parle à notre tour, on contribue à leur état d’agitation, on leur confirme que leur technique d’obtention de l’attention fonctionne à merveille et on devient complètement incohérent, l’exemple à ne pas suivre. On demande oralement à l’enfant d’être en silence, généralement à plusieurs reprises, sans appliquer nous-mêmes cette consigne. On peut très bien être présent à leurs côtés, les aider à se détendre et les rassurer sans avoir recours à la parole.

J’aime beaucoup utiliser le non verbal pour souligner les réussites d’un enfant et l’encourager à poursuive ses bons comportements.

J’ai l’impression qu’un sourire, un pouce en l’air ou une main ébouriffant affectueusement les cheveux de l’enfant à plus d’impact positif dans l’immédiat, mais aussi à long terme que l’usage de la parole seulement. À mon avis, l’utilisation de simples petits gestes contribue à la continuité de ses bons comportements, au développement d’une bonne estime de soi ainsi que l’établissement d’une relation chaleureuse, respectueuse et de confiance avec nous.

Évidemment, ceci est une réflexion que je me suis faite à moi-même il y a quelque temps déjà et que j’essaie de mettre en application le plus possible quand le contexte s’y prête. Il y a longtemps que j’ai compris que la perfection n’existe pas et que malgré mon bon vouloir, je ne le suis pas non plus! Je fais encore des interventions incohérentes auprès de mes filles et que dire de mon niveau d’exaspération et d’impatience à certains moments. La grande différence, c’est qu’une fois qu’on prend conscience d’un élément à modifier, le changement commence déjà à s’effectuer selon notre niveau de motivation ou d’atteinte dans nos valeurs.

La prochaine fois que vous aurez l’impression de parler dans le vide avec votre enfant, au lieu depogner les nerfs et hausser le ton comme on le fait tous à un moment ou un autre, rejoignez votre enfant et obtenez son attention à l’aide de votre main sur son épaule. Une fois son regard dirigé vers vous, vous pourrez lui communiquer calmement avec des mots et ou des gestes ce que vous désirez, en n’oubliant pas le «s’il te plait». Cette technique est très efficace pour que votre enfant vous écoute, mais ne garantit pas qu’il fera tout ce que vous désirez, immédiatement et sans rouspéter! Par contre, une fois qu’il aura répondu positivement à une de vos demandes, vous pourrez lui témoigner votre reconnaissance en arborant votre plus beau sourire suivi d’un simple «merci» sincère.

Grosso modo, agissons avec nos enfants comme nous désirons que l’on agisse avec nous, soit avec respect et indulgence.

Être parent et vivre sa vie de couple, c’est souhaitable et formidable

C’était un dimanche soir comme les autres, chacun étant assis à une extrémité de notre divan datant d’une époque bien révolue, celle où nous étions que de simples amoureux. Puis d’un geste machinal, sa main s’est mise à tâter les coussins dans les moindres recoins à la recherche de cette extension moderne de notre bras, la manette de la tivi. Nous étions le 1er mai 2016 et nous regardions Tout le monde en parle comme on le fait chaque dimanche. Julie Snyder était la première invitée de la soirée et Guy A. Lepage lui posa quelques questions sur son mariage ainsi que sa rupture avec Pierre-Karl Péladeau. Lors de cette entrevue, la populaire animatrice conseilla ceci aux parents «On dit souvent : l’important c’est la famille, mais si tu ne travailles pas ta vie de couple, la vie de couple c’est le solage de ta famille pis ta famille a tiendra pas si le couple tient pu».

Mon regard s’est posé sur l’homme que j’aime depuis l’été de mes 17 ans. Déjà 16 ans que nous sommes en couple, 8 ans que nous sommes parents et 6 ans que nous sommes mariés. Le temps passe vite et dans cette course quotidienne parfois effrénée, nous avons dû nous ajuster de crainte de nous perdre de vue. Lorsque ses yeux ont regardé les miens, mes lèvres ont laissé échappés une pensée me trottant dans la tête depuis quelques semaines déjà “une chance que nous avons compris ça avant qu’il ne soit trop

À l’époque où nous étions un couple sans enfant, s’aimer rimait avec simplicité et liberté. Lorsque nous n’étions pas au boulot, on faisait ce qui nous plaisait, quand on le voulait, et ce presque à toutes heures du jour… et de la nuit.

Nous n’étions pas très familiers avec les conflits. Certes nous avions des désaccords, mais on avait le temps d’en discuter, d’exprimer chacun nos points de vue et trouver des solutions gagnantes pour tous les deux. Nous avions le temps, mais aussi l’énergie pour écouter attentivement l’autre. Nous avions l’ouverture d’esprit nécessaire pour se soucier de ses opinions et de ses émotions.

Puis, nous sommes devenus parents. Depuis ce jour magnifique où notre premier enfant, le fruit de notre amour, a vu le jour, notre attention se porte naturellement vers lui. Quelques années plus tard, ce fut autour du deuxième d’égayer notre vie et de recevoir à son tour toute notre attention bienveillante.

Désormais, le temps nous file entre les doigts et nos moments de spontanéités se doivent maintenant d’être planifiés. Nous avons de longues listes de choses à faire, nous devons penser productivité. Nous discutons tout en faisant la vaisselle, le lavage et le ménage en ayant l’impression que nous passons enfin du temps ensemble.

Nous sommes peut-être un à côté de l’autre, mais soyons honnêtes, nous ne sommes pas totalement disponibles et à l’écoute de l’autre. Notre cerveau est concentré sur la tâche en cour, celles qui suivront et sur nos enfants en action.

Le manque de temps pour le plaisir, pour nous et pour le couple affecte nos émotions et notre relation de couple. Il y a alors augmentation des conflits ou accumulation de petites frustrations quotidiennes menaçant d’exploser à tous moments.

Il y a quelques mois, nous avons constaté que nous agissions surtout comme des parents, accordant seulement une toute petite place à notre couple au sein de notre belle famille. La routine et probablement notre vision de la parentalité étaient au banc des accusés. Le processus de destruction du couple avait commencé quelques années auparavant, lentement, à notre insu.

Heureusement, nous n’avions aucun doute sur le fait que nous ressentions encore de l’amour l’un pour l’autre. La flamme était toujours là, mais plus discrète qu’autrefois. Nous avons décidé qu’il fallait permettre à cette petite flamme d’envahir tout notre être comme jadis, à l’époque où nous n’étions que deux.

C’est le constat que nous avons fait il y a quelques mois. Nous avons décidé qu’il fallait que notre couple reprenne sa place au sein de notre petite famille.

Désormais, nous nous accordons plus de temps de qualité ensemble. Au lieu de machinalement ouvrir la télé lorsque nos enfants sont couchés, nous discutons. Nous prévoyons plus fréquemment des moments sans les enfants pour faire autre chose que l’épicerie et les lavages.

Nous avons refusé d’accueillir le sentiment de culpabilité lorsque nous prenons du temps en couple, les enfants étant heureux d’être chez Grand-maman et Grand-papa ou chez Mononc et Matante.

Les clés du succès, pour demeurer un couple amoureux et uni après la venue de la cigogne, résident dans le fait d’être conscient que nous sommes bien plus que de simples parents. Que l’amour n’est pas une tâche à planifier et à ajouter dans nos listes de choses à faire. L’amour se vit naturellement au quotidien, à travers de petites attentions et des mots tendres à l’égard de l’être aimé. On se soucie réellement de l’autre, on se respecte, on se regarde dans les yeux, on se sourit tendrement et on se caresse amoureusement.

Être parent et vivre sa vie de couple, c’est souhaitable et formidable!

Lettre à toi, mère moderne

Chère mère moderne,

Toi qui lira peut-être ces quelques lignes en diagonale entre deux brassées de lavage ou assise dans la cour, à côté de ton enfant te concoctant un festin royal avec cet ingrédient craquant sous-estimé, le sable, sache que je pense souvent à toi, à ce que tu vis et ressens.

Ma vie ne ressemble plus tout à fait à celle d’avant et une partie de moi s’est également transformée. Probablement que tu as fait le même constat que moi la journée où tes cernes sont devenus aussi imposants que ta montagne de vêtements à plier, te narguant de ton incapacité à tout faire à la perfection en une seule journée.

Tu sais, outre la fatigue, les tâches ménagères, les crises quotidiennes et les trop nombreux conflits à désamorcer entre mes deux enfants, je constate que ce qui m’épuisait le plus dans ma vie de mère, c’était l’immense culpabilité que je ressentais de ne pas être à la hauteur selon mes critères irréalistes et sévères.

Pourtant, mes enfants étaient heureux et épanouis. Moi, pas vraiment. Je ne pouvais m’inspirer et profiter des moments de bonheur de ma progéniture, étant trop occupée à noircir de longues listes de choses à faire afin d’avoir une maison propre, d’offrir à ma marmaille des repas sains et équilibrés, d’assurer leur santé en allant bouger dans la cour, de les éduquer, de les divertir, et j’en passe, l’énumération étant fastidieuse, ennuyante et franchement démoralisante.

Mère moderne, te reconnais-tu dans ce portrait réaliste que nous avons peint et créé de nos propres mains?

Et si on décidait toutes les deux de mettre fin au sabotage de notre propre vie depuis que le statut de «mère» s’y est ajouté?

Et si nous choisissions d’être heureuses et épanouies en y mettant la même énergie que nous le faisons avec plaisir et dévouement envers nos enfants?

N’oublie pas que tu es la personne la plus importante de ta vie, et ne me dis pas que c’est faux et que ce sont tes enfants, car si tu t’écroules d’épuisement ou que la vie ne représente qu’une routine dont chaque tâche est accomplie de façon automatique, machinale, sans saveur ni plaisir, tes enfants en seront affectés eux aussi.

Les enfants ont beaucoup à nous apprendre et, malheureusement, on l’oublie souvent. Voici quelques exemples de messages qu’ils nous envoient, mais qu’on ignore ou décode faussement.

Quelques heures ou minutes après avoir complété ton ménage hebdomadaire, tu trouves de petites empreintes de marmots dans le miroir ainsi que des jouets éparpillés ici et là, allant du sous-sol au deuxième étage.

Ton enfant aime sentir que cette maison lui appartient aussi et y laisse sa trace. En tant qu’adulte, tu peux faire la route des vins. Eh bien lui, il veut faire la route des jouets!

Tu prends le temps de plier chacun de ses vêtements et de les placer minutieusement dans ses tiroirs. Plus tard, tu ouvres le tiroir contenant ses vêtements de nuit et constates que le fouillis y règne. Ton trésor de 3 ans te répond avec le sourire qu’il voulait son pyjama des Minions.

Comment peut-il trouver ce qu’il cherche dans des vêtements pliés à la perfection, cachant les images qui charment ses yeux et son petit cœur?

Tu lui as préparé le repas santé par excellence qui va combler tous ses besoins nutritifs, et lui présente le tout de façon magistrale dans son assiette préférée. Il arrive avec énergie à la table, affamé depuis une heure. Du moins, c’est ton estimation plus ou moins fiable, car la mesure a été prise avec ton horloge interne de patience, ton petit te disant d’un ton répétitif et généralement désagréable : «J’ai faim!!!» Il regarde l’assiette, utilise son ustensile pour amuser ses aliments, à défaut d’éprouver lui-même du plaisir à les porter à sa bouche.

Je ne t’écris pas ça dans le but que tu arrêtes de te soucier de son alimentation et des tâches ménagères, mais de lâcher prise parfois sur certaines choses, afin de prioriser plus souvent ton bien-être, et ce, sans culpabilité.

Mère moderne, tu es importante pour ta famille! Elle adore te voir rayonner de joie et entendre ton rire résonner dans leurs oreilles. Elle préfère de loin ta présence chaleureuse et ta bonne humeur au bruit de l’aspirateur ou au ménage impeccable de la salle de jeu.

La fête des Mères étant à nos portes, je te souhaite, mère moderne, de chasser la culpabilité de ton quotidien, de te percevoir comme une personne importante dans ta vie et dans celles des gens de ton entourage, et de te prioriser comme tu le fais si bien quand il s’agit de tes enfants.

Tu es beaucoup plus qu’une mère, tu es un être humain extraordinaire!

Mère moderne, bonne fête des Mères!

À la garderie comme à la maison, les enfants vivent des émotions et des difficultés

À l’automne dernier, la campagne télévisuelle  de naître et grandir sur les habiletés sociales m’a fait sourire et réfléchir. En tant que parent, gérer les émotions de nos petits est parfois difficile, voire éprouvant. Nous constatons alors que la gestion de nos propres émotions représente tout un défi! Imaginez l’ampleur de la tâche pour un jeune enfant qui n’a pas tout notre bagage, les mots justes pour s’exprimer,  la maturité requise pour réfléchir à ce qu’il ressent et raisonner sur ce qui est moralement acceptable ou non en société.

Dans le cadre de mon travail d’éducatrice, j’entends souvent des parents dirent «je ne sais pas comment vous faites, j’en ai juste un à gérer et je trouve ça difficile». Sachez que je vous comprends, je suis un parent moi aussi!

Lorsque nous devenons parents, nous ne sommes pas préparés à affronter les crises de colère ou de larmes en public, le harcèlement psychologique du type «moi je veux», les cris incessants et les mots nous blessant droit au cœur comme «je t’aime pas». Je me sens choyée dans mon rôle de parent d’avoir une formation et une expérience dans le domaine de la petite enfance qui m’est utile chaque jour avec mes propres enfants.

Qu’en est-il de la gestion des émotions dans un contexte de garderie ?

Comment interviennent les éducatrices lorsque des enfants sont en crises ou vivent des conflits avec leurs pairs ?

Que font-elles pour aider les jeunes enfants à développer leurs habiletés sociales ?

Les éducatrices favorisent et stimulent le développement global des enfants

Évidemment, il est primordial de stimuler les sphères sociale, morale et langagière dans l’optique du développement des habiletés sociales. Un enfant qui est capable d’exprimer avec des mots ce qu’il vit aura plus de facilité à interagir avec ses pairs, mais c’est aussi l’aisance dans les autres sphères de son développement (cognitive, affective, motrice) ainsi que dans la réponse positive de tous ses besoins de bases qui favoriseront la création d’un contexte favorable à l’apprentissage des habiletés sociales.

Elles observent les enfants et adaptent leurs activités et interventions au besoin de chacun

À la garderie, chaque moment de la journée est une occasion pour exploiter les différentes sphères du développement que ce soit lors des repas, des activités dirigées, des périodes de jeux libres, de transition ou à l’extérieur. Certaines périodes sont planifiées en fonction de l’analyse de nos observations tandis que pour d’autres, on saisit les occasions observées au quotidien en intervenant immédiatement en fonction de ce que vive les enfants (conflits, difficultés, succès…) en verbalisant leurs émotions, en soulignant leurs bons coups, en les soutenant et en les guidant dans leurs résolutions de problème ainsi qu’en proposant de nouvelles activités ou en étant flexible dans la routine afin de répondre à leurs besoins (besoin d’être seul, de dormir, de boire ou manger, de se défouler…).

Pour une même problématique, les éducatrices n’utiliseront pas automatiquement la même intervention en fonction du contexte (pourquoi, comment, quand, avec qui, où), de la fréquence du comportement, de l’éducatrice (forces, aisance, formations, préférences) et bien évidemment de l’enfant (personnalité, besoins, particularités).

Les techniques fréquemment utilisées au quotidien sont la discussion auprès des enfants concernés ou en grand groupe (causerie), l’ignorance, le retrait de la situation problématique (si elle ne correspond pas au besoin de l’enfant à ce moment-là en lui offrant une activité ou un lieu adapté), guider et soutenir à proximité ou non avec la parole ou le non verbal, la diversion et adapter les lieux, l’activité, la routine ou le jumelage des enfants.

Lorsqu’il s’agit de la sécurité d’un ou des enfants, le retrait est immédiat le temps que l’enfant retrouve un état de calme. Lorsqu’il s’agit d’une problématique récurrente, il y a un plan d’intervention mis sur place incluant généralement des mesures préventives ainsi que l’intervention à utiliser lorsque la problématique survient.

Elles favorisent les contextes pour guider et pratiquer les habiletés sociales avec les enfants en adaptant ou modifiant ses activités, les consignes ou la disponibilité du matériel afin de leur permettre de se familiariser à attendre son tour, à formuler de belles demandes et à expérimenter les étapes de la résolution de problèmes.

Certains outils comme Brindami (ateliers sur les habiletés sociales animées par «Brindami la souris», marionnette manipulée par l’éducatrice) et la collection de livres Au pays de Magiri que je vous recommande chers parents (mises en situation réalistes que vivent les jeunes enfants au quotidien avec leurs amis et familles avec pistes de solutions) sont fréquemment utilisés en petite enfance.

La clé du succès dans l’apprentissage des habiletés sociales réside dans l’expérimentation et la répétition dans différents contextes avec le soutien des différents intervenants !

Elles sont un modèle pour les enfants

Lorsqu’elles communiquent avec les enfants ainsi qu’avec les parents et collègues, elles utilisent les formules de salutation et de politesse. Lorsqu’elles s’adressent aux enfants, elles s’approchent doucement, se placent à leur hauteur et établissent un contact visuel leur démontrant qu’elles les respectent, les apprécient et s’intéressent à ce qu’ils ont à dire. Elles offrent des câlins, les couvrent de sourires et les écoutent. L’établissement de relations chaleureuses, respectueuses et de confiance avec les différents intervenants, dont vous chers parents, leur permettront de transposer de façon inconsciente ses gestes et paroles avec autrui.

Que ce soit à la maison ou à la garderie, les enfants vivent des émotions et des problématiques. Ce sont deux contextes différents, mais nécessitant le même soutien de gens de confiance et sur qui ils peuvent prendre exemple pour développer leurs habiletés sociales.

L’Association des haltes-garderies communautaires du Québec a mis en ligne récemment deux capsules intéressantes et abordant le même sujet que cet article. Si ça vous intéresse: Les habiletés sociales et J’exprime mes besoins à ma façon !

Et vous chers parents, vivez-vous des difficultés à la maison en ce qui concerne l’apprentissage ou la gestion des habiletés sociales de votre enfant ?

Prévention des agressions: 10 conseils pour faciliter la discussion avec nos enfants

Il y a des sujets beaucoup plus faciles que d’autres à aborder avec notre progéniture. Lorsqu’il s’agit de mentionner les cruautés dont la race humaine est capable, j’étouffe ma colère, ma peine et mon angoisse afin d’être capable d’exprimer à mon enfant que les méchants ne sont pas juste à la télé et dans les jeux vidéo.

Dernièrement, j’ai lu avec ma fille le livre Ma sexualité de 6 à 9 ans de la sexologue Jocelyne Robert qui, le temps d’un très court chapitre, explique aux enfants comment se protéger des prédateurs sexuels. Ces quelques paragraphes ont été le déclencheur de plusieurs discussions dans les jours qui ont suivi.

Chacune de ses questions occasionnait un stress et une réflexion qui se devait d’être rapide, mais malgré tout profonde. J’avais l’impression de marcher sur un terrain miné où à tout moment je pouvais traumatiser mon enfant, affecter son sommeil et nuire au déploiement de ses ailes lui permettant de s’envoler avec confiance vers d’autres horizons, loin des jupes de sa mère et des baskets de son père.

Plusieurs questions et réflexions défilent dans ma tête depuis quelques jours.

Comment expliquer à un enfant ce qu’est un prédateur sexuel?

Comment dire à un enfant sans faire éclater sa bulle dorée que, dans la vie, personne n’est totalement digne de confiance?

Comment expliquer à un enfant qu’il ne doit pas aider un homme inquiet à la recherche de son chien disparu?

Nous tentons d’inculquer à nos jeunes l’importance d’entrer en relation avec autrui, de socialiser, de discuter au lieu de prendre la fuite, et d’être confiant dans la vie. À l’opposé, nous devons les prévenir que la vie n’est pas rose, que la confiance est une notion fragile et perméable, et qu’aider son prochain peut être un geste risqué, voire lourd de conséquences.

Nous ne sommes pas préparés à présenter à nos enfants, avec délicatesse et honnêteté, les deux côtés de la réalité.

«Ce soir, dans le ring de la vie, vous aurez droit à tout un combat. Du côté gauche, avec de grands yeux bleus de biche et une auréole magique, voici Espoir Labonté! Du côté droit, arborant un regard de feu et deux cornes acérées, voici Enfer Méchanceté!»

Soyons honnêtes, nous ne sommes pas très à l’aise de discuter des dangers avec nos enfants, car ils nous effraient nous aussi. On essaie de les protéger, tout comme on essaie de se protéger nous-mêmes de tous ces monstres, dissimulés ou non, rôdant ici et là, dans les rues de la ville et devant nos écrans, la réalité ayant rejoint la fiction et vice-versa.

Nous devons aborder avec nos enfants comment, quand et pourquoi se protéger face à autrui, mais sans leur présenter la réalité comme un tableau noir et rouge où l’inquiétude et la panique doivent régner.

Il faut seulement amener nos enfants à prendre conscience qu’ils pourraient peut-être faire face un jour à une personne voulant leur faire du mal, mais peut-être pas non plus. Notre but est de les outiller afin de les protéger, pas de les paniquer.

10 conseils pour discuter des possibles dangers de la vie avec notre enfant

• Ayez un ton calme et en contrôle.

• Donnez quelques règles de sécurité et utilisez des mots adaptés à son âge. Pour amorcer les questions de sécurité, vous pouvez utiliser un livre pour enfants abordant ce sujet.

• N’entrez pas dans les détails. Il se peut que votre enfant vous demande ce que fait la personne à l’enfant qu’elle a enlevé. Je ne suis pas psychologue, et j’avoue que j’aurais aimé savoir ce qui est suggéré de dire ou de faire. Si un psychologue lit cet article, j’aimerais bien connaître son opinion!

• Soyez honnête et dites-lui que les enfants n’ont pas à connaître tous les détails, ou que nous ne sommes pas à l’aise de répondre.

• Rassurez votre enfant régulièrement sur le fait qu’il peut avoir confiance en vous, que vous allez être là pour l’écouter, le soutenir et le guider.

• Soyez clair sur le fait qu’inconnu n’égale pas agresseur ou voleur d’enfants. On parle tous à des inconnus, que ce soit la caissière à l’épicerie ou aux parents d’un enfant jouant au parc en même temps que le nôtre.

• Allez au-delà de ses questions afin de cibler ses perceptions et ses émotions. Est-ce qu’il est inquiet? De quoi est-il inquiet exactement? Est-ce qu’il a peur?

• Faites attention de ne pas ridiculiser ou banaliser ce que votre enfant ressent. Débutez votre réponse par «je comprends que notre discussion peut te faire peur, c’est tout à fait normal, mais…» et rassurez-le.

• Retournez-lui la question, demandez-lui ce qu’il en pense.

• Écoutez-le, laissez-le parler sans tout commenter lorsqu’il ne vous pose pas de questions.

Ce que l’on veut, ce n’est pas apprendre la méfiance à nos enfants, mais la vigilance!