À la garderie comme à la maison, les enfants vivent des émotions et des difficultés

À l’automne dernier, la campagne télévisuelle  de naître et grandir sur les habiletés sociales m’a fait sourire et réfléchir. En tant que parent, gérer les émotions de nos petits est parfois difficile, voire éprouvant. Nous constatons alors que la gestion de nos propres émotions représente tout un défi! Imaginez l’ampleur de la tâche pour un jeune enfant qui n’a pas tout notre bagage, les mots justes pour s’exprimer,  la maturité requise pour réfléchir à ce qu’il ressent et raisonner sur ce qui est moralement acceptable ou non en société.

Dans le cadre de mon travail d’éducatrice, j’entends souvent des parents dirent «je ne sais pas comment vous faites, j’en ai juste un à gérer et je trouve ça difficile». Sachez que je vous comprends, je suis un parent moi aussi!

Lorsque nous devenons parents, nous ne sommes pas préparés à affronter les crises de colère ou de larmes en public, le harcèlement psychologique du type «moi je veux», les cris incessants et les mots nous blessant droit au cœur comme «je t’aime pas». Je me sens choyée dans mon rôle de parent d’avoir une formation et une expérience dans le domaine de la petite enfance qui m’est utile chaque jour avec mes propres enfants.

Qu’en est-il de la gestion des émotions dans un contexte de garderie ?

Comment interviennent les éducatrices lorsque des enfants sont en crises ou vivent des conflits avec leurs pairs ?

Que font-elles pour aider les jeunes enfants à développer leurs habiletés sociales ?

Les éducatrices favorisent et stimulent le développement global des enfants

Évidemment, il est primordial de stimuler les sphères sociale, morale et langagière dans l’optique du développement des habiletés sociales. Un enfant qui est capable d’exprimer avec des mots ce qu’il vit aura plus de facilité à interagir avec ses pairs, mais c’est aussi l’aisance dans les autres sphères de son développement (cognitive, affective, motrice) ainsi que dans la réponse positive de tous ses besoins de bases qui favoriseront la création d’un contexte favorable à l’apprentissage des habiletés sociales.

Elles observent les enfants et adaptent leurs activités et interventions au besoin de chacun

À la garderie, chaque moment de la journée est une occasion pour exploiter les différentes sphères du développement que ce soit lors des repas, des activités dirigées, des périodes de jeux libres, de transition ou à l’extérieur. Certaines périodes sont planifiées en fonction de l’analyse de nos observations tandis que pour d’autres, on saisit les occasions observées au quotidien en intervenant immédiatement en fonction de ce que vive les enfants (conflits, difficultés, succès…) en verbalisant leurs émotions, en soulignant leurs bons coups, en les soutenant et en les guidant dans leurs résolutions de problème ainsi qu’en proposant de nouvelles activités ou en étant flexible dans la routine afin de répondre à leurs besoins (besoin d’être seul, de dormir, de boire ou manger, de se défouler…).

Pour une même problématique, les éducatrices n’utiliseront pas automatiquement la même intervention en fonction du contexte (pourquoi, comment, quand, avec qui, où), de la fréquence du comportement, de l’éducatrice (forces, aisance, formations, préférences) et bien évidemment de l’enfant (personnalité, besoins, particularités).

Les techniques fréquemment utilisées au quotidien sont la discussion auprès des enfants concernés ou en grand groupe (causerie), l’ignorance, le retrait de la situation problématique (si elle ne correspond pas au besoin de l’enfant à ce moment-là en lui offrant une activité ou un lieu adapté), guider et soutenir à proximité ou non avec la parole ou le non verbal, la diversion et adapter les lieux, l’activité, la routine ou le jumelage des enfants.

Lorsqu’il s’agit de la sécurité d’un ou des enfants, le retrait est immédiat le temps que l’enfant retrouve un état de calme. Lorsqu’il s’agit d’une problématique récurrente, il y a un plan d’intervention mis sur place incluant généralement des mesures préventives ainsi que l’intervention à utiliser lorsque la problématique survient.

Elles favorisent les contextes pour guider et pratiquer les habiletés sociales avec les enfants en adaptant ou modifiant ses activités, les consignes ou la disponibilité du matériel afin de leur permettre de se familiariser à attendre son tour, à formuler de belles demandes et à expérimenter les étapes de la résolution de problèmes.

Certains outils comme Brindami (ateliers sur les habiletés sociales animées par «Brindami la souris», marionnette manipulée par l’éducatrice) et la collection de livres Au pays de Magiri que je vous recommande chers parents (mises en situation réalistes que vivent les jeunes enfants au quotidien avec leurs amis et familles avec pistes de solutions) sont fréquemment utilisés en petite enfance.

La clé du succès dans l’apprentissage des habiletés sociales réside dans l’expérimentation et la répétition dans différents contextes avec le soutien des différents intervenants !

Elles sont un modèle pour les enfants

Lorsqu’elles communiquent avec les enfants ainsi qu’avec les parents et collègues, elles utilisent les formules de salutation et de politesse. Lorsqu’elles s’adressent aux enfants, elles s’approchent doucement, se placent à leur hauteur et établissent un contact visuel leur démontrant qu’elles les respectent, les apprécient et s’intéressent à ce qu’ils ont à dire. Elles offrent des câlins, les couvrent de sourires et les écoutent. L’établissement de relations chaleureuses, respectueuses et de confiance avec les différents intervenants, dont vous chers parents, leur permettront de transposer de façon inconsciente ses gestes et paroles avec autrui.

Que ce soit à la maison ou à la garderie, les enfants vivent des émotions et des problématiques. Ce sont deux contextes différents, mais nécessitant le même soutien de gens de confiance et sur qui ils peuvent prendre exemple pour développer leurs habiletés sociales.

L’Association des haltes-garderies communautaires du Québec a mis en ligne récemment deux capsules intéressantes et abordant le même sujet que cet article. Si ça vous intéresse: Les habiletés sociales et J’exprime mes besoins à ma façon !

Et vous chers parents, vivez-vous des difficultés à la maison en ce qui concerne l’apprentissage ou la gestion des habiletés sociales de votre enfant ?

Garderie: l’importance de la relation parent-éducatrice

Un des aspects les plus importants de ma profession d’éducatrice, outre prendre soin de mes petits trésors au quotidien est de communiquer avec leurs parents. Au fil des années, j’ai observé et constaté la grande importance d’une bonne relation entre les éducatrices et les parents. Je suis éducatrice depuis plus de 10 ans, mais aussi maman de deux enfants, alors je comprends la réalité de ses deux métiers, car il ne faut pas se méprendre, être parent est un boulot à temps plein, même lorsque nos Bouts de choux sont à la garderie. 

C’est pour cette raison que j’ai envie de vous expliquer pourquoi, à mon avis, il est essentiel d’établir et maintenir une bonne relation avec les éducatrices de votre enfant ainsi que quelques conseils pouvant vous être utiles.

Je tiens à préciser que j’ai privilégié le mot «éducatrices» à éducateurs tout au long de ce billet, car les hommes exerçant ce métier sont très peu nombreux dans les garderies. 

Pourquoi faut-il établir une bonne relation parents-éducatrices ?

* Pour le bien-être de votre enfant. Tout comme vous, nous voulons lui offrir ce qu’il y a de mieux pour faire de son quotidien un moment agréable, harmonieux et stimulant au sein de cette mini-société où il y a plus d’enfants que d’adultes! 

* Pour faciliter l’observation, la compréhension et les interventions de l’éducatrice. Ce que vous nous dites nous aide à mieux comprendre certaines réactions de votre enfant et oriente parfois notre observation vers des éléments précis. Votre enfant est unique et nous voulons personnaliser notre approche à son égard en fonction de sa réalité. 

* Pour recevoir des informations sur votre enfant dans un contexte différent de la maison, échanger sur son développement ainsi que recevoir de petits trucs et conseils si tel est votre désir. 

* Pour permettre à l’éducatrice d’en savoir davantage sur la vie de votre enfant au sein de sa famille. De plus, elle pourra utiliser certaines informations pour entrer en relation avec lui ou encore, lui proposer de nouvelles activités en fonction de ses intérêts. 

* Votre enfant a confiance en vous, vous écoute et est sensible à votre non verbal. Vous êtes son modèle pour valider s’il doit ou non faire confiance aux gens qui s’en occupent en votre absence. Si votre enfant perçoit que son parent apprécie son éducatrice, il se sentira en sécurité ce qui lui permettra d’établir à son tour une relation harmonieuse avec elle. 

* Qui dit bonne relation, dit aussi bonne communication. Certaines informations sont importantes afin d’assurer le bien-être physique et psychologique optimal de votre enfant. Nous aimons être informé que votre enfant a mal dormi et la raison, qu’il a mal quelque part, qu’il a pris un médicament et à quelle heure (afin d’éviter une surdose d’acétaminophène par exemple), qu’il vit un deuil, que ses parents se séparent ou qu’un de ses parents est absent pour quelques jours. Bref, tout ce qui peut affecter sa santé physique et psychologique afin que l’éducatrice puisse adapter ses interventions afin de répondre adéquatement à ses nouveaux besoins. De plus, elle sera en mesure de mieux comprendre son changement de comportement et lui apporter l’aide et le soutien dont il a besoin.

Quelques conseils pour entretenir une bonne relation avec les éducatrices de votre enfant

· Percevoir l’éducatrice comme une alliée dans le développement de votre enfant.

· Comme dans toute relation saine, le respect et la politesse sont essentiels. Prendre le temps de saluer, échanger quelques mots au sujet de votre enfant et dire au revoir. Encourager aussi votre enfant à dire «bonjour» et «bye bye» en regardant son éducatrice.

· Reconnaitre quand c’est le bon moment pour aborder certains sujets qui requièrent plus de temps. Il faut se rappeler que tout en discutant avec vous, elle observe les enfants et intervient lorsque nécessaire, donc les conversations sont généralement courtes et il se peut qu’elles soient interrompues en raison d’une intervention ou de l’arrivée d’un autre parent. La communication quotidienne se fait naturellement lors de l’arrivée et du départ de votre enfant dans le «cadre de porte» et via son agenda. Vous pouvez aussi demander à l’éducatrice s’il serait possible d’avoir une rencontre privée avec elle si nécessaire. 

· Lorsque vous avez une interrogation ou un inconfort quelconque, n’attendez pas et discutez avec elle afin d’éviter tout malheureux malentendu.

· Répondre aux demandes relatives à votre enfant comme amener des couches, des lingettes ou des vêtements de rechange.

· Avoir confiance aux éducatrices qui prennent soin de votre enfant. L’enfant le ressent et ça le sécurise!

La parole est à vous chers parents

Avez-vous une belle relation avec les éducatrices de votre enfant? 

Est-ce que la communication se fait aisément ?