Fibromyalgie, cette coloc indésirable

Il y a de ces moments où sans trop savoir pourquoi, nous avons un grand besoin de nous replonger dans le passé. J’étais dans cet état lorsqu’armée de ma tasse de thé vert, je me suis installée avec mes cahiers d’écritures et mes nombreuses feuilles griffonnées ici et là au fil des ans, selon mes envies, et mes émotions du moment.

Lorsque j’ai débuté la lecture de certaines pages prises au hasard, je n’ai pu que confirmer l’impression que j’avais, année après année depuis plus de dix ans, de radoter via ma plume les mêmes difficultés et objectifs fixés :

« Je suis tannée d’être fatiguée… »

« Je suis une hyperactive en manque d’énergie, c’est absurde. Il faut que ça change! »

« Je vais faire le défi santé 5-30, mais à l’année! »

« Chaque fois que je recommence à m’entrainer au bout de quelques séances, je suis malade. Je me sens comme si je débutais un rhume. »

Puis, je me suis rappelé mon enfance. Certains soirs, mes jambes me faisaient souffrir, elles élançaient. Pour diminuer la douleur, je les enveloppais dans une couverture, la chaleur les apaisait. On me disait que c’était des poussées de croissance, mais cet argument se détériorait plus je vieillissais, car s’il s’était avéré vrai, je serais une géante aujourd’hui!

Adolescente, mes mains étaient parfois très froides, au point d’en avoir mal. Mes pieds de leur côté avaient de la difficulté à choisir leur camp. Parfois, ils étaient très froids puis bang, ils viraient leur capot de bord pour devenir chauds et me laisser inconfortable dans mes bas humides, et probablement puants!

Après la naissance de ma première fille, ma glande thyroïde a été ébranlée et le docteur a cru que j’étais en dépression post-partum, alors que ce n’était qu’un symptôme de l’hypothyroïdie. C’est aussi lors de ce moment que j’ai eu la confirmation que j’avais un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ainsi qu’un trouble anxieux généralisé. Le fait d’avoir enfin trouvé la raison (TDAH) pour laquelle depuis mon tout jeune âge je me sentais différente des autres m’avait permis, avec la médication et mes nombreuses recherches, de me réconcilier avec moi-même et d’améliorer avec le temps mon estime personnelle.

Malgré cette révélation, malgré tous mes efforts et malgré le fait que ma vie m’apportait tout ce qu’il fallait, selon moi, pour être heureuse et épanouie, je ne l’étais pas.

Quand je consultais et faisais part de mon manque d’énergie, de ma fatigue, de mon épuisement, on me disait que c’était normal quand «on est une jeune maman», paroles énoncées à maintes reprises par mon ancien docteur de famille, ou que c’était normal, en raison de l’anxiété générée par mon TDAH, comme me l’expliquait ma psy de l’époque. Elle avait raison, mais malgré le fait que je progressais dans la gestion de mon anxiété, le mal-être ressenti dans mon corps, mon cœur et ma tête ne me quittait pas.

Puis il y a quelques années, en plus de ma peau réactive et semblant toujours déshydratée, mes yeux ont décidé de suivre la parade. Puis plusieurs mois plus tard, ce fut au tour de mon nez de se joindre à ses collègues faciales.

L’épuisement s’acharnait sur mon cas, mais j’étais déterminée à retrouver mon énergie d’hyperactive que j’avais enfant, à coup de résolutions santé et à assouvir mon besoin de réussite à coup de To do list interminable.

J’étais devenue une «hyperactive» qui avait de la difficulté à être active. J’étais une perfectionniste déterminée à réussir dans toutes les sphères de ma vie, mais sans trop savoir au fond c’était quoi MA définition de «RÉUSSIR».

Il y a quelques mois, ma docteure m’a annoncé que je souffrais de fibromyalgie (FM). Ça mange quoi ça en hiver ? Ma patience!!! Mais outre ce fait incontestable, mon conjoint pouvant en témoigner, je laisse ces deux passages publiés sur le site de la Société québécoise de la fibromyalgie vous éclairer davantage :

« La fibromyalgie est un syndrome caractérisé par des douleurs corporelles diffuses, et ce, avec une apparence trompeuse de normalité. D’ailleurs, c’est ce caractère imperceptible de la FM qui la rend si insidieuse. À ces douleurs diffuses, s’ajoutent une fatigue persistante, des troubles du sommeil, des changements neurocognitifs, des perturbations de l’humeur et une multitude d’autres symptômes connexes dont l’impact sur l’activité professionnelle et sur les gestes de tous les jours n’est pas négligeable. »

« Le fait que nous sommes encore aujourd’hui souvent perçus comme des malades imaginaires est ce qui fait le plus mal », explique Helen Goulet de la SQF. « Imaginez avoir mal partout, 24 heures sur 24, 365 jours par année. C’est le lot des personnes atteintes de ce trouble neurophysiologique dont les symptômes sont bien réels. Lorsque les gestes de tous les jours représentent une montagne, c’est souvent toute la vie, tant professionnelle que personnelle, qui est atteinte. »

Au début, j’étais dans un état que je croyais être de l’acceptation, mais finalement, je réalise que j’étais tout simplement dans la première étape du deuil, le déni. Puis, c’est la frustration et la révolte qui se sont introduites en moi quand j’ai assimilé le fait que, à moins qu’un remède soit inventé ou que par miracle la maladie me quitte, la fibromyalgie était là pour rester. « Avales ta pilule ma grande, je serai ta coloc pour le reste de tes jours. Des fois, j’irai me balader quelques heures question de t’insuffler un vent de liberté, mais rassures-toi, je reviendrai rapidement et en force, te rappelant que c’est moi qui ai la clé et que je n’ai pas prévu te libérer », c’est ce qui gronde en moi depuis quelques semaines quand je pense à cette maladie. L’idée que jour après jour, je serai confronté à cette coloc mesquine et imprévisible me révolte.

La femme fière, motivée, toujours prête à se relever les manches et résiliente que j’étais est encore là, mais elle se fait parfois plus discrète. Ses doutes, ses craintes et ses peurs face à son avenir sont là. Elle a compris que les balayer du revers de la main est inutile, car tel un boomerang furax, ils reviennent à la charge et n’ayant plus les réflexes d’autres fois, elle ne parvient pas toujours à les esquiver, alors ils la percutent de plein fouet et l’obligent à les regarder dans le blanc des yeux.

Heureusement, cette femme forte en moi n’a pas dit son dernier mot et compte bien réussir à trouver des solutions pour cohabiter de façon plus harmonieuse avec cette coloc indésirable nommée Fibromyalgie. Ma première solution, et non la moindre, est de reprendre contact avec mon amie Espoir et l’inviter à reprendre sa place à mes côtés.

Mes 10 constats pour une vie saine et sereine dès l’adolescence

J’étais une fille ordinaire, peu populaire et très studieuse. De mon point de vue, les autres me trouvaient énervante et sans intérêt. L’adolescente que j’étais ne s’aimait pas, s’estimait peu, souffrait d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et d’anxiété généralisée, non diagnostiqué à cette époque.

Je réalise que mon «cerveau avait besoin de lunettes» et que mon cœur avait besoin de câlins. Je me sentais différente, une une extraterrestre parmi les terriens et j’aimais beaucoup cet aspect de ma personnalité. Par contre, je me sentais dans une classe à part, jugée, voire rejetée par les ados normaux.

En apparence, je pouvais donner l’impression d’être confiante, de tout savoir et d’avoir une opinion sur tout. Au fond de moi, c’était tout le contraire. J’essayais de préserver mon orgueil, prévenir les éventuelles moqueries et combler mon besoin d’attention, peut-être aussi d’affection.

Il y a neuf ans, après un un évènement marquant, a débuté la route des changements en direction du bonheur et de la zénitude.

Grâce au soutien psychologique de mon entourage, à la médication pour le TDAH, aux rencontres avec des psychologues et à ma personnalité, j’ai appris et compris que dans la vie, tout part de soi.

«Dans la vie, tout part de soi», si j’avais compris cette notion psychologique et sociale, au début de mon adolescence, cette période de ma vie aurait été plus heureuse et harmonieuse. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, je vous partage dix de mes constats pour une vie saine et sereine.

Ce que j’aurais voulu comprendre à l’adolescence:

1- Pour aimer sainement, il faut d’abord s’aimer soi-même.

2- Pour être respecté, je dois tout d’abord me respecter et respecter les autres.

Au-delà des formules de politesse que l’on nous a apprises, il faut être capable de s’affirmer et être à l’écoute des autres. Par exemple, être capable de dire «non» quand nous ne voulons pas et accepter le «non» des autres sans reproche ni moquerie.

3- Pour que les autres s’intéressent à moi, je dois tout d’abord m’intéresser à eux, avec sincérité.

4- La seule chose que je peux contrôler dans ma vie, c’est mes choix.

Étonnamment, j’ai toujours un choix à faire. Les options proposées ne me satisfont peut-être pas, mais je peux malgré tout choisir celle qui me convient le mieux. Je suis la seule responsable de mes actions et réactions.

Un mauvais choix ne signifie pas que je suis une mauvaise personne, seulement que je suis humaine et que je me suis trompée. Je peux choisir de me pardonner, de m’excuser, de réparer mon erreur, de discuter avec une personne de confiance de mes difficultés ou de mes inquiétudes, etc.

5- Un problème ne vient jamais seul. Si je suis attentive, patiente et courageuse, les solutions se présenteront à moi le moment venu.

6- Demander de l’aide ne signifie pas que je suis faible. Au contraire, ça démontre que je suis une personne forte, persévérante et déterminée.

7- Je dois accepter mon passé, vivre pleinement le moment présent et percevoir mon futur comme une histoire que je n’ai pas encore écrite.

Ce n’est pas grave si je n’ai aucune idée de ce que je ferai dans un mois, un an, cinq ans ou dix ans. Le plus important, c’est de vivre pleinement le moment présent, une minute à la fois. Ce n’est pas parce que je suis attristée ou en colère présentement que je serai dans le même état d’esprit dans une heure. Ce que j’aime du futur, c’est qu’il est inconnu et plein de possibilités!

8- Je dois me méfier de mes perceptions.

J’ai réalisé en regardant de vieilles photos de moi à l’adolescence que j’étais plus jolie que ce que je croyais à l’époque. J’avais établi mes critères de beauté en fonction des jeunes starlettes hollywoodiennes très minces, maquillées et faussement parfaites. Je mettais l’emphase sur ce que je n’aimais pas de mon corps et non sur ce que j’appréciais. Maintenant, j’aime mon corps, j’en prends soin et je le respecte.

Je sais maintenant que je peux supposer des pensées des autres à mon égard, mais n’étant pas dans leur tête, je ne peux savoir si mes suppositions sont fondées ou pas.

À l’opposé, je suis consciente que je porte des jugements, fondés ou pas, sur les autres en fonction de ce que je vois, perçois ou de ce que j’ai entendu directement ou indirectement.

Finalement, je ne peux que constater que l’être humain est naturellement programmé pour juger et que je n’ai aucun contrôle sur ses pensées.

Parfois, lorsque j’attribue des pensées négatives aux autres à mon égard, c’est que moi-même je ne suis pas totalement en accord avec ce que j’ai fait ou prévoit faire, que je ne m’assume pas ou que je doute de moi-même.

9- Me mentir à moi-même sur ce que je veux ou ressens ne m’apportera que mal être et confusion.

J’aime rendre les gens heureux et je n’aime pas avoir l’impression de déplaire. Il m’est arrivé de taire ma petite voix intérieure afin de ne pas occasionner de conflits ou d’émotions négatives. Les autres étaient peut-être bien, mais pas moi. J’étais anxieuse, frustrée et j’avais une faible estime de moi. Maintenant, je sais que je dois accepter ce que je veux ou ressens et le communiquer adéquatement aux autres, si nécessaire.

Ma psychologue me répétait souvent que ce que les autres pensent ou ressentent ne m’appartient pas et effectivement, elle avait raison. Ce qui ne veut pas dire que je ne peux éprouver de la compassion, mais je dois laisser à chacun sa gestion de ses émotions.

10- Je dois accorder plus d’importance à mes cinq sens. Ils me permettent de prendre conscience que la vie va au-delà de ma propre personne. Ils me permettent de voir, d’écouter, de goûter, de sentir et de ressentir tout ce que la nature, la base de la vie, peut m’offrir si je m’ouvre à elle.

J’aime me balader dans les rues, observer le paysage, écouter les différents bruits, prendre de grandes respirations et sentir les rayons du soleil ou la brise fraîche caresser mon visage.

Pendant que je me concentre sur ce qui se passe à l’extérieur de moi, je n’accorde plus d’importance à ce qui se passe dans ma tête, mon cœur et tout mon corps.

Peu importe mes soucis, la terre n’arrêtera pas de tourner et la vie d’y être célébrée. Il y aura toujours quelqu’un, quelque part, prêt à m’écouter, à m’offrir un câlin et à faire la fête à mes côtés.

Ce texte a initialement été publié sur Le Huffington Post Québec

Lettre futuriste à ma grande fille extra-terrestre

Parfois, je m’évade dans mes pensées et je m’imagine le parcours de mes filles jusqu’à l’âge adulte. Je visualise certains scénarios, certains me plaisent bien et d’autres beaucoup moins. Par contre, peu importe ce que je vois, je sais que je serai fière d’elles, malgré les erreurs qu’elles pourraient commettre. Après tout, on fait tous des erreurs. Je sais que mes filles sauront se relever après une chute et continuer à aller de l’avant. J’ai confiance qu’elles utiliseront les différents outils transmis par les intervenants de premier rang (nous, sa famille) et ceux de passages, mais combien importants, comme les intervenants en milieu scolaire et les professionnels de la santé. Dernièrement, les mots se sont mis à défiler dans ma tête, comme une lettre adressée à ma grande fille, lorsqu’elle aura 13 ans,  qui tout comme sa maman peut se sentir comme une extraterrestre de temps à autre.

Ma chère fille,

lorsque je me retrouve à tes côtés, les mots se bousculent dans ma tête et je crains d’oublier l’essentiel de mon message, soit tout l’amour et la fierté que j’éprouve pour toi. C’est pourquoi j’utilise une technique archaïque, une lettre manuscrite à la main, pour te raconter une parcelle de ta vie, soit ton enfance auprès d’une famille aimante, parfois maladroite et probablement un brin envahissante. 

Je me souviens de mes mains tremblantes et de mes jambes flageolantes lorsque j’ai brandi le test nous annonçant ta venue. Nous étions très émues et aux anges, mais un peu craintifs de débuter cette nouvelle aventure. Ma grande, il faut que tu saches que quelques semaines avant ton apparition dans mon ventre, un petit être venait tout juste d’y séjourner environ 24 semaines, mais malgré sa détermination de prolonger son séjour, son voyage a pris fin. Nous étions donc conscients qu’un test positif n’entraîne pas systématiquement un poupon en santé. Quand tu voudras en savoir davantage sur ce petit ange, fais-moi signe, on s’installera confortablement et je te montrerai sa boite souvenir. Cette période difficile de notre vie avant toi à modifier la maman que je suis devenue, mais de façon positive. J’ai publié ici et là sur la toile un témoignage à ce sujet, je te le ferai lire aussi, si tel est ton désir.

Tu étais un bébé joyeux qui aimait déjà la liberté. Tu aimais pouvoir agiter tes bras et tes jambes sans contrainte. Lorsqu’on voulait te faire un câlin, il ne fallait pas s’y attarder, tu gigotais pour te libérer. Tu aimais jouer au sol et explorer ton univers. À partir du moment que la poussette n’était plus un moyen de locomotion à tes yeux, nous avons rapidement compris qu’il nous fallait faire vite lorsque nous allions faire nos emplettes. Tu refusais que l’on te tienne la main et tu te rendais compte si on tenait discrètement ton capuchon. Si on insistait le moindrement pour que tu restes à nos côtés, nous pouvions entendre le tic tac de la bombe se mettre en marche. Parfois, celle-ci explosait sans avertissement et sans raison apparente, sous les regards des curieux que tu ne voyais pas, mais qui nous rendaient très inconfortables les premières années. À tes yeux, tout le monde était gentil et voulait ton bien. Tu parlais aux étrangers avec une facilité déconcertante, ce qui nous faisait craindre le pire. La mère poule que je suis te gardait près d’elle, non pas pour t’étouffer et t’empêcher de découvrir le monde, mais pour te protéger de la grande confiance que tu avais en l’humanité.

Quand on devient parent, notre entourage nous mentionne d’un ton humoristique et sarcastique qu’il y a deux phases pénibles dans la petite enfance: le «terrible two» et le «fucking four». La première phase où l’enfant de plus ou moins deux ans veut faire des choix et fera une crise parfois très impressionnante si on ne lui donne pas, par exemple, le verre de la couleur désirée, sans nous en avoir informé auparavant. C’est connu que lorsque nous devenons parents, nous développons systématiquement le don de devin. Ensuite, la deuxième phase où notre enfant de 4 ans croit tout savoir, désire tout négocier et nous envoie balader avec une attitude d’adolescent en furie à coup de « Je ne t’aime pas. Je veux changer de parents.» Heureusement, ces crises se terminent rapidement (si les parents ne sont pas dupes et se montrent de glace) par un câlin et des excuses.

Ces phases tu les as eues, mais elles ont oublié de te quitter. Lorsque tu as débuté la maternelle, ta grande vivacité d’esprit fut immédiatement remarquée, tout comme ta belle énergie. Par contre, ta difficulté à gérer tes émotions te fit passer de plus en plus de temps à l’extérieur de ta classe. Ton comportement dérangeait, mais malgré tout, le personnel de ton école te décrivait comme leur rayon de soleil. Tu étais très active et tu avais besoin de tout voir et tout faire en même temps! Lorsque tu as reçu le diagnostique de TDAH avec impulsivité et opposition, nous n’étions pas surpris ma grande, nous le savions depuis longtemps que tu étais un peu comme moi. Sais-tu que parfois je me sens comme une extraterrestre? Et toi, ma chérie, comment te sens-tu? Je peux t’entendre répondre «franchement maman, avec le nez…» avec l’humour sarcastique hérité de ton père, mais sache que tu peux te confier à nous sur tes états d’âme. On est peut-être des vieux, mais on peut t’écouter et te soutenir dans ce que tu vis. Les parents sont encore utiles, même à l’adolescence et à l’âge adulte. Hey oui, à moins d’un message hyper clair et catégorique de ta part, transcrit sur papier et signé de ta main, nous serons à tes côtés, malgré les portes claquées et les longs silences.

Quand tu as compris que tu étais TDAH, tu étais très contente. Il faut dire que je t’avais préparé les semaines précédentes en te disant comment les gens comme moi étaient des êtres créatifs, énergiques et passionnés. Disons qu’en raison de ton âge (6 ans) j’avais choisi de te montrer le positif de cette condition que j’avais récemment découvert. Après le diagnostic de cette non-maladie, j’ai dû être honnête et t’avouer, par petites doses de temps à autre, que tu devrais travailler très fort pour contrôler tes émotions en montagne russe, tes paroles sans pause, ta patience, ta difficulté à rester calme lorsque la situation l’exige et apprendre à apprivoiser tes pensées que tu ne peux arrêter. Nous t’avons aussi enseigné que tes réussites, tu les dois à tes efforts et à la personne que tu es et non à ta médication.

Au début, tu croyais que ta pilule du matin  ferait de toi une personne gentille et aux comportements exemplaires en classe. J’avais le coeur en miette, car je venais de réaliser que de ton point de vue, tu étais une personne méchante. Je t’avais dit que tu étais très gentille, même si ton comportement pouvait parfois déranger. Les pilules utilisées pour le TDAH ne guérissent pas, elles aident pendant quelques heures tes neurones à mieux communiquer entre-elles, ce qui te permet d’être plus concentrée. Imagine un coffre à outils dont chaque outil représente une ressource que tu as. La pilule pour le TDAH est un outil important, mais si tu ne disposes que de cet outil dans la vie, tu ne pourras rien construire. Les autres ressources proviennent de paroles, gestes et apprentissages que ton entourage t’a transmis et que tu as acceptés. Sache que tu développes tes propres outils chaque jour. Ce coffre te sera utile à te fabriquer la vie que tu désires, car ta fondation est solide, toi, avec des piliers entêtés et résistants, ta famille.    

 Nous serons toujours là pour toi ma chérie. Nous sommes fières de crier haut et fort que nous sommes tes parents, même si ça te gênes devant tes pairs. Nous t’aimons depuis le jour où nous avons appris ta venue et chaque jour qui passe, notre fierté à ton égard ne cesse d’augmenter. 

  xxx

Ta mère

P.S: je me suis faite la porte-parole de ton père, car je sais qu’il t’aime lui aussi et sera toujours là à tes côtés.

Une extraterrestre parmi les Terriens: petite histoire de mon TDAH

Je me souviens de cette petite fille timide dont la longue chevelure châtaine lui permettait de se dissimuler, de se faire oublier de temps à autre ou du moins, c’est ce qu’elle croyait. Elle préférait passer inaperçue devant les étrangers qui la regardaient, elle se sentait dévisagée et pas à la hauteur. Elle regardait leurs lèvres bouger et entendait leurs voix qui se mélangeaient à tous les sons ambiants.

Ce mélange bruyant n’avait rien d’une douce mélodie et elle était parfois confuse devant le regard insistant des gens, elle se doutait bien qu’ils attendaient une réaction de sa part, probablement une réponse à une question qu’elle n’a pas clairement entendue, alors elle esquissait son petit sourire tout en se mordillant la lèvre, fronçait les sourcils et le seul son qu’elle émettait était «hein ?».

 Lorsqu’elle était en classe, elle regardait ce qui se passait de l’autre côté des fenêtres, là où elle aurait aimé être. Elle voyait des écureuils se chamailler ou encore, des oiseaux picorer les restants de fruits de la collation du matin abandonnés inconsciemment par des enfants ne connaissant pas à cette époque la notion de protection de l’environnement.

Elle aimait se réfugier dans son monde imaginaire, là où tous les rêves et les cauchemars étaient possibles, accessibles. Elle aimait ressentir différentes émotions, passant de la joie à la tristesse, telle une comédienne inavouée. Pendant ce temps, le professeur continuait son discours à l’avant et ne semblait pas s’inquiéter de la petite fille visitant la lune beaucoup trop souvent.

 Lorsqu’elle était de retour sur terre, parmi les gens considérés normaux, elle gigotait sur sa chaise, tel un supplice et quand elle n’en pouvait plus, elle allait aiguiser son crayon à l’aiguisoir collective à l’autre bout de la classe ou se baladait dans les couloirs pour boire à la fontaine ou visiter la salle des toilettes. Cette fillette ne marchait pas pour prendre son rang au son de la cloche, elle gambadait!

  Tout au long de ces années à l’école primaire, le rouge sur ses travaux était devenu routinier pour les professeurs tout comme sa faible estime d’elle-même. Elle savait qu’elle était différente des autres enfants, pas très intelligente et pas du tout douée pour les contacts avec ses pairs. Elle avait deux ou trois amies, mais malgré tout, elle se sentait comme une extra-terrestre en mission secrète dans le monde des gamins.

La dernière année du primaire, une force, une incroyable détermination se produit en elle. Elle n’acceptait pas l’idée d’être la sotte de l’école et elle se mit à étudier et à bûcher dure à la maison pour compenser le fait qu’à l’école, elle ne parvenait pas à se concentrer et à mémoriser ce que l’enseignant en avant de la classe racontait.

 Lorsqu’elle fit son entrée à l’école secondaire, elle devint studieuse. Elle savait que quelque chose était en jeu, son avenir, son enseignante de l’année précédente leur avait souvent mentionné. Elle travaillait minimum trois fois plus que la majorité et ce, pour obtenir un résultat dans la moyenne.

Peu à peu, elle développa ses propres stratégies d’apprentissage qu’elle bonifia après la rencontre d’un prof génial qui en plus d’enseigner la physique et la chimie, enseignait des techniques afin d’aider ses élèves à mémoriser diverses données. Cette fille aux résultats médiocres devint une adolescente aux résultats au-dessus de la moyenne, dans plusieurs matières, dès le secondaire trois, malgré une difficulté à se concentrer en classe.

Elle fit la rencontre du perfectionnisme et des différents symptômes de l’anxiété, mais elle se sentait plus intelligente, plus à la hauteur dans la société, alors ce mal-être en valait la peine à ses yeux.

 Puis, elle fit son entrée au cégep dans un domaine qui l’attirait, éducation à la petite enfance. Elle avait toujours préféré la présence des enfants à celle des adultes, ne ressentant pas la pression de devoir performer, de prouver sa valeur, car les enfants aimaient jouer avec elle. Ils allaient vers elle tout naturellement, sans qu’elle ait besoin de se déguiser et faire le clown. Au niveau académique, elle travaillait aussi fort, mais elle aimait tellement ce qu’elle apprenait, que c’était fait dans la joie, avec intensité. Elle apprit à sortir de sa coquille et à devenir plus à l’aise devant un groupe.

Par contre, le perfectionnisme et l’anxiété, ses fidèles compagnons étaient toujours là à ses côtés et ils avaient fait le pacte de la suivre pas à pas, tout au long de sa vie.

 Sa vie d’adulte, d’après cégep, était ponctuée de hauts et de bas, comme la majorité des gens probablement.  Par moment, elle voulait que tout s’arrête, n’en pouvant plus de devoir affronter ce qui l’anime, ce mal être qu’elle n’était pas intelligente, à la hauteur dans le monde des adultes, qu’elle n’arriverait jamais à être comme les autres, car elle ne parvenait pas à les suivre dans leurs discours, car dans sa tête tout se passait si vite.

Elle avait beaucoup d’idées, plusieurs projets, mais rares étaient ceux qui étaient réellement développés. Elle voulait tout, tout de suite et maintenant! La satisfaction était rarement atteinte et elle était incapable de vivre le moment présent. Ses proches démontraient des signes d’essoufflement à son égard, ils n’avaient pas besoin d’utiliser des mots pour qu’elle le sache, elle le devinait, c’était une évidence pour elle. Elle parlait trop, sans pause, les silences l’avaient toujours effrayé, créant un immense malaise dans son corps et dans sa tête.

Elle développa quelques plans d’interventions pour elle-même et travailla à modifier ses comportements qui dérangeaient les autres, mais aussi elle-même. Elle ne faisait pas exprès d’être ce qu’elle était, même si elle était consciente de ce qu’elle faisait, à retardement. Elle s’améliorait un peu, mais elle était loin de se rapprocher de la personne qu’elle voulait être.

Un triste évènement a étrangement permis de se rapprocher à la vitesse grand v de son but qui lui semblait parfois impossible. Ce mauvais coup de dé fut suivi de la naissance de son premier enfant, un moment heureux et émouvant. Cet enfant qu’elle désirait depuis si longtemps était enfin dans ses bras. Quand ce trésor avait quelques mois, elle se transforma en un être triste et épuisé. Elle prit la bonne décision de se rendre au bureau de son médecin qui, inquiet, à préféré faire quelques tests et lui faire voir un psychiatre.

Finalement, cet état dépressif était relié à sa glande thyroïde et une fois médicamentée, elle retrouva son énergie. Le psychiatre à aussi confirmer ce qu’elle se doutait depuis quelques années déjà, qu’elle avait un TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité).

Elle s’en doutait, car lors de ses études en Technique d’éducation à l’enfance, elle s’était reconnue lorsqu’une professeure avait parlé de ce trouble et de ses symptômes.

Le médecin prescrivit un médicament afin de l’aider à fonctionner, car malgré le fait qu’elle avait étonnamment très bien réussi sa vie, selon l’opinion des professionnels de la santé, elle souffrait, une souffrance non visible la plupart du temps, enfouie dans ce corps inconfortable qui avait besoin de gigoter sans cesse et dans sa tête toujours en action, n’ayant pas de bouton pause pour se reposer.

 Ce médicament a changé sa vie, lui a permis d’avoir les idées clairs, d’être capable de suivre une conversation plus longuement, de développer certaines de ses idées et de garder espoir.

Le médicament aide, n’est pas efficace à 100% et ne guérit pas. Il permet pendant quelques heures d’être fonctionnel, plus efficace et honnêtement, plus zen!

Elle est déterminée à atteindre ses buts, ses rêves qui sont maintenant accessibles, même si parfois l’espoir s’effrite un peu entre ses doigts. Elle sait qu’elle aura toujours cette zone de brouillard devant elle qu’elle devra dissiper à tout moment, mais maintenant, elle la voit comme une alliée, qui la rend créative, lui permet de percevoir les choses d’un autre angle, la rend énergique et maladroite.

Moi, Karine Cyr, j’accepte l’extraterrestre que je suis, malgré les nombreux obstacles que ça m’apporte dans le monde des Terriens. Je suis unique, différente et j’adore qui je suis ici et maintenant!